Croissance, inflation et emploi en France, les perspectives se dégradent pour la fin 2026
Publié le 11.9.2026 à 19:09, modifié le 11.9.2026 à 19:09
A la différence de ses voisins européens, l’économie française a décroché au premier semestre 2026, heurtée par le nouveau conflit au Moyen-Orient. Pour la seconde partie de l’année, l’Insee a dégradé l’ensemble de ses prévisions.
>> Dans sa dernière note de conjoncture, l’Insee souligne la bonne résistance de l’économie mondiale malgré les droits de douanes imposés par les Etats-Unis, la guerre au Moyen-Orient, en particulier le blocage du détroit d’Ormuz. Le commerce mondial a tenu notamment grâce aux échanges et aux investissements liés à l’intelligence artificielle. Dans les principales économies de la zone euro et au Royaume-Uni, l’activité a progressé au printemps. Ce qui n’est pas le cas de la France.
>> “Relativement à la bonne tenue de ses voisins, l’économie française décroche”, écrit l’Insee dans sa note intitulée “Vigilance orange sur la croissance”. L’institut national de la statistique avance quatre facteurs pour expliquer ce décrochage au premier semestre :
- “un retournement violent de l’activité dans les travaux publics, conséquence du cycle électoral municipal”. Ce retournement est plus important que lors des précédents cycles électoraux, précise l’Insee.
- un impact plus important de la canicule, notamment sur l’agriculture. D’ailleurs, il coûterait 0,1 point de croissance à la France sur l’ensemble de 2026.
- un marché du travail plus dégradé que chez les voisins européens. Le chômage en France progresse régulièrement depuis 2025, et ce n’est pas fini.
- un soutien budgétaire moins important. Par exemple, l’économie allemande bénéficie d’un vaste plan d’investissements dans le cadre de son “bazooka budgétaire”.
>> Dans cette note de rentrée, l’Institut national de la statistique détaille ses prévisions pour l’économie française au second semestre. En résumé, les principaux indicateurs sont révisés négativement par rapport à la note publiée en juin. Cette série de graphiques présente les prévisions de l’Insee jusqu’à fin 2026 pour quatre indicateurs majeurs de l’économie tricolore. A savoir, la croissance du PIB (graphique 1), l’inflation (2), l’emploi (3) et le taux de chômage (4).
La croissance en France serait divisée par 2 en 2026
>> L’activité a patiné en France au premier semestre, surtout au 2e trimestre. La récession, généralement définie par au moins deux trimestres consécutifs de baisse du PIB, n’est pas passée loin. Le PIB tricolore a reculé de 0,2% au 1er trimestre et n’a pas bougé au 2e. En juin, l’Insee tablait encore sur +0,3% de croissance au 2e trimestre.
>> Pour la seconde moitié de l’année, l’Insee table sur une timide amélioration. Le PIB progresserait de 0,1% au 3e trimestre puis de 0,2% au 4e. Cette amélioration viendrait principalement de la consommation des administrations publiques et du commerce extérieur. Au final, la croissance serait de +0,4% sur l’ensemble de 2026, “soit trois fois moins que ses voisins de la zone euro ou le Royaume-Uni”. En juin dernier, l’Insee tablait sur +0,7%, après +0,9% en 2025 et +1,4% en 2024.
La reprise de l’inflation serait plus forte que prévu
>> Le conflit au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz ont fait flamber les prix de l’énergie et ont ravivé l’inflation partout dans le monde. En France, les prix à la consommation ont rebondi dès le mois de mars. Après une accalmie en juillet à la faveur d’une détente des cours du pétrole, le regain de tensions au Moyen-Orient a renvoyé le prix du baril au-dessus de 90 dollars dès le mois d’août. En France, l’inflation est passée de +0,3% sur un an en janvier à +2,4% en août.
>> Outre le Moyen-Orient, le bombardement de raffineries en Russie fait aussi grimper les prix de l’énergie. Cette hausse des prix devrait peu à peu se propager à d’autres biens et services. Les prix des légumes frais pourraient aussi être tirés par les récentes canicules. Au total, l’inflation en France devrait continuer d’augmenter pour atteindre +2,9% fin 2026. L’Insee estime la contribution des produits énergétiques à 1,3 point.
Le marché du travail va rester déprimé
>> Dans ce contexte, le marché du travail est resté déprimé au 1er semestre. Les destructions d’emplois salariés ont même dépassé les attentes au 2e trimestre.
>> La situation ne s’améliorera pas au second semestre. Dans le privé, 66.000 postes devraient être supprimés au total en 2026, notamment avec la baisse du nombre d’alternants. La fonction publique continuerait à créer de l’emploi.
>> Le taux de chômage poursuivrait sur sa lancée, à un rythme plus soutenu que prévu en juin. Il atteindrait 8,6% à fin 2026 et ce, malgré l’augmentation de l’emploi non salarié (+95.000 emplois en 2026).
Des prévisions soumises à deux importants aléas
>> L’Insee rappelle que deux incertitudes majeurs pourraient affecter ces prévisions :
- l’impact de la canicule sur l’activité du troisième, dont les “effets ne sont pas encore totalement connus”.
- l’évolution du conflit au Moyen-Orient. Une résolution pourrait entraîner une baisse des prix du pétrole. Mais pour le moment, les cours du baril ont repassé les 100 dollars… Pour établir ses prévisions, l’Insee fait l’hypothèse d’un maintien des prix du brent autour de 90€ jusqu’à la fin de l’année.
Agenda : la prochaine note de conjoncture de l’Insee sera publiée le 16 décembre. Elle traitera des prévisions économiques jusqu’à mi-2027.

